Centre d’Études Ibériques et Ibéro-Américaines - Cultures romanes et amérindiennes (CEIIBA)


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Contre-archives minoritaires. Formes populaires et cultures subalternes

Celle que nous intitulons Contre-archives minoritaires. Formes populaires et cultures subalternes qui consiste, d’une part, à identifier des textes, images, productions filmiques qui pourraient constituer un corpus historiographique ou mémoriel des minorités. Il s’agirait alors de tracer la généalogie de certaines minorités à partir de ces formes orales, de ces pratiques populaires, ou encore des productions classées dans les genres mineurs de la littérature, et de réintégrer des sources tenues pour non fiables dans la construction d’un savoir historique. D’autre part, cette approche consistera à rendre visible les voix tues par l’histoire officielle en mettant en évidence les rapports de classe, les rapports coloniaux et post-coloniaux représentés dans les arts et littérature qui peuvent dès lors être considérés comme des contre archives. Le goût de l’archive (Farge 1989) n’est pas la propriété exclusive de l’historien mais, il intéresse aussi le critique littéraire, le linguiste et l´éditeur. La génétique a changé le regard sur les archives qui a connu une véritable révolution depuis une dizaine d’années (De Biasi, 2007). Si en France les études généticiennes ont une tradition bien assise, en Espagne ou en Amérique-latine (Argentine, Chili, Brésil) elles constituent par contre une courant critique naissant qui compte de plus en plus d’adeptes. Elle a pour objet d’étude non pas l'œuvre finie, mais le processus d'écriture dans toutes les traces matérielles des plus diverses qui sont à l’origine des œuvres : brouillons, épreuves corrigées, carnets de note, schémas, plans, photographies, dessins… Dès lors, les différents états textuels, les ratures, les réécritures, l’auto-censure, les hésitations qui s’engagent dans ce laboratoire, permettent au chercheur d’analyser une œuvre en cours très différente de celle que connait le public. Tout peut devenir trace, de la petite note sur un carnet à une réflexion portée sur un blog ou un twit. Enfin, dans la lignée des études du groupe Modernité/Colonialité ou des travaux du Grupo latinoamericano de Estudios Subalternos, dans les méandres des fictions postmodernes ou dans les labyrinthes des mémoires secondes, dérivées des littératures délibérément sublaternes, beaucoup d’écrivain-e-s contemporain-e-s se sont donné comme objectif la dénonciation des rapports de pouvoir, coloniaux et post-coloniaux, entre ethnies, classes sociales et cela à partir des formes les plus diverses susceptibles de donner un territoire symbolique, au moins, à ces voix minoritaires, oubliées, rendues inaudibles ou illégitimes par les pouvoirs autoritaires.