Centre d’Études Ibériques et Ibéro-Américaines - Cultures romanes et amérindiennes (CEIIBA)


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Archives perdues

Les archives peuvent être recueillies ou effacées, conservées ou censurées, célébrées, commémorées ou niées, oubliées. Ces situations nous invitent à poser le problème des institutions, de leurs productions et pratiques culturelles, des formes et des genres discursifs qu’elles constituent en « archétextes » (Maingueneau et Cossutta, 1995), telles que les enquêtes menées par les religieux espagnols pour comprendre et reconstituer le passé préhispanique. Ces dernières ont parfois disparu sans que l’on en connaisse la raison (comme Las antigüedades mexicanas de fray Andrés de Olmos) ou confisquées par ordre du roi Philippe II (comme la Historia general de las cosas de la Nueva España de Sahagún). Elles sont partiellement retrouvées de façon dispersée et conservés « aux quatre coins du monde ».
Les enjeux semblent clairs : tracer les limites d’une collectivité, d’une société, poser les normes de « l’humain » ainsi définies dans un contexte déterminé. La vulnérabilité des énoncés est aussi celle des sujets qui les énoncent. Nous pensons, par exemple, non plus au soldat inconnu que les monuments célèbrent, mais à la femme du soldat inconnu, à laquelle le 26 août 1970 le MLF rendait hommage (Picq, 1993) ; nous pensons aux « disparus » d’Argentine, du Chili, d’Amérique centrale ou encore de la Guerre civile espagnole, et aux recherches d’Anthropologie légale pour retrouver la trace de ceux que l’histoire a tenté d’effacer. Les réflexions de Judith Butler sur les archives humaines du 11 septembre 2001 et des guerres menées par les États-Unis soulignent le statut différentiel des morts, selon qu’ils sont Nord-américains, Irakiens ou Afghans (Butler, 2005).
La perpétuation de la mémoire et sa transmission permettent de combler les silences de l’histoire consignée : les populations contemporaines peuvent devenir des archives vivantes (contes, récits, fêtes, chansons, …).