CHAMPS DU SAVOIR : ECHANGES ET MOBILITES

Espagne, France, Portugal, Italie, Amérique. Du Moyen-Âge à nos jours

De tout temps et en tout lieu, l'échange entre individus s'est construit à la charnière entre privacité et sociabilité. La connaissance de la communication jadis établie, qu'elle soit privée, publique ou semi-publique, passe bien sûr par le regroupement de traces, quelquefois difficiles à recenser en raison de leur dispersion et de leur caractère parcellaire. Dans ce schéma, la communication épistolaire occupe une place de choix et permet par exemple de reconstruire des réseaux ayant présidé à la constitution de groupes sociaux qui ont pu donner naissance à des institutions de pouvoir. Comme le souligne Daniel Roche, « les corpus épistolaires, en dépit de leur lacune, à la croisée de l'individuel et du social, mettent en relation les forces de la sociabilité, les hommes et les institutions, les pouvoirs dans leurs différents cercles d'action ». Les notions de famille, de réseau, parfois même de clan, ne sont pas étrangères à ces formes d'échanges très liées à des enjeux de pouvoir.  

Par ailleurs, il existe des archives diverses et de diverses formes. Les mobilités, par exemple, sont diverses : les mobilités contraintes comme celles de l’exil politique ou de l’émigration économique mais aussi les mobilités choisies comme le voyage, le Grand Tour et le tourisme. Les segments communs sont l’itinérance, l’hébergement, le transport mais aussi l’échange, la découverte, l’altérité et les traces diverses : inventaires, récits, correspondances, témoignages, circulation des idées. L’archive alors se dissémine : ambassade, traité encyclopédique sur un pays, autobiographie du sujet en voyage, journal intime, échange épistolaire, souvenir, texte, photo, tableau, film domestique ou promotionnel. Avec l’industrialisation du voyage et le progrès des transports (traction animale, vapeur, moteur à explosion, aviation) l’archive se ramifie encore : archives publiques (réglementation des migrations, promotion et organisation touristiques, logistique, contrôles) et archives privées (développement des compagnies de transports, agence d’émigration et agence de voyage, associations, prosopographie). Elle devient camp (de transit, de concentration, de régularisation administrative), musée (des migrations ou des exils, eco-musée), architecture (villas littorales, chalets de montagne, etc.), urbanisme : colonie de peuplement ou de développement, lotissement, cité ou ville balnéaire.