Thème 1

Cartographie des lieux de pouvoir et de savoir (Ca.Li.P.Sa)

 

Resp.: Amaia Arizaleta et José Contel

Les membres du thème 1 se proposent de reconsidérer la notion de cartographie(s) culturelle(s), à la lumière de leurs recherches et travaux confirmés. Pour ce faire, portée peut-être par une intuition scientifique1, la réflexion commune et plutôt consensuelle a posé le terme de ‘chaîne(s)’ que l’homonymie avec ‘chêne’ a mis en résonance avec (l’arbre) ‘ceiba’/CEIIBA. Cette concaténation réflexive, à la manière de maillons qui s’assemblaient en table ronde pour ébaucher un projet de recherche, a paru de bon augure pour une recherche en collectif. De fait, est apparu un rhizome2 et sa capacité à relier des « chaînons sémiotiques de toutes natures »3.

Par sa variété d’usage et d’applications4, la chaîne (plus loin aussi la corde « mecatl ») démontre l’économie et l’intelligence du procédé qui semble davantage lié à la nécessité qu’au hasard5. Elle permet d’interroger les processus de configuration des groupes humains, de délimitations, de constructions identitaires, culturelles, techniques, économiques et épistémologiques. Ces processus présupposent et/ou posent des lignes spatiotemporelles à une aire culturelle, à un segment chronologique, à la définition d’un concept laissant apparaître une cartographie qu’une approche renouvelée désignera comme « nouvelle ». Que les recherches portent sur les mondes précolombiens et leurs survivances à l’époque coloniale jusqu’à aujourd’hui, sur le Moyen Âge ibérique, le XVIIIe siècle et la période contemporaine, les membres du thème 1 ont déjà mis en place des dispositifs solides de questionnement qu’ils sont en mesure de pousser plus avant. Parce que le spectre de compétences est large, le cadre conceptuel l’est tout autant. Mais ce n’est pas une nouveauté en sciences si l’on considère des disciplines comme l’anthropologie, la biologie, la très longue durée en histoire, etc. L’interdisciplinarité est ici consubstantielle et motrice. Durée, temps, chronologie inscrivent la généalogie, les héritages et le patrimoine au cœur des processus

Le thème 1 présente, explique, déplie ses objets. Certes l’échelle est ample, mais les crises que l’on constate aujourd’hui n’obligent-elles pas à des questionnements ambitieux ce qui ne veut pas dire brouillons ? Face à la complexité, le thème forme l’ambition d’une intelligence lucide6. Au cours de ce contrat 2021-2025, les membres du thème sont déterminés à aller sur le maillon de l’Autre, en intégrant toutes les précautions d’usage et en premier l’analyse et la réfutation7. Le contrat 2015-2020 sur « archives, contre-archives » constitue désormais un socle voué à sa propre nature de « puisement-emmagasinage » incessants. Il a produit ses effets et ouvert des pistes. Il a mis en valeur la capacité des chercheurs du CEIIBA à produire des résultats et des archives. Pour armer et consolider, chaîne/chaînage permettront, sur n’importe quel anneau, des interrogations soit circulantes et macro soit ponctuelles et micros, véritables matrices permettant des publications d’étape ou conclusives

De la chaîne à chêne-ceiba
La chaîne pour les Aztèques c'est la corde (mecatl), la corde (ou liane) qui relie les quatre arbres qui soutiennent le monde, eux-mêmes en lien avec le grand arbre (ceiba), axis mundi, dont les racines plongent au plus profond des origines et dont la cime effleure le ciel (arbre : racines, arborescence, lignage, générations, généalogies). Cet arbre ou arborescence, dont la fonction est rhizomatique, constitue une chaîne où chaque maillon entretient avec les autres une série de liens, d’oppositions, de ressemblances et d’interdépendances, de capacité d’initiative et de proposition. Qu’elles soient linéaires, étoilées ou en éventail, visibles ou rhizomatiques, en 2 ou 3D, chaque chaîne peut mêler plusieurs sphères de nature diverse : temporelle et spatiale, sociale et politique, historiques et littéraires, l’image et l’écrit, l’écriture et la représentation, etc. « Un rhizome ne cessera de connecter des chaînons sémiotiques, des organisations de pouvoirs et de savoirs, des occurrences renvoyant aux arts, aux sciences, aux luttes sociales »8.
 

1 Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale, 1865, chap. II, 2, « L’intuition ou le sentiment engendre l’idée expérimentale ».

2 Gilles Deleuze, Felix Guattari, Mille plateaux, 1980, p. 11.

3 Ibidem, « Dans un rhizome […] des chaînons sémiotiques de toute nature y sont connectés à des modes d'encodage très divers, chaînons biologiques, politiques, économiques, etc., mettant en jeu non seulement des régimes de signes différents, mais aussi des statuts d'états de choses ». p. 13, 1et 2 : Principes de connexion et d’hétérogénéité ; et pages suivantes, 3 : principe de multiplicité ; 4 : principe de rupture asignifiante ; 5 et 6 : principes de cartographie et de décalcomanie.

4 Voir divers dictionnaires. Par exemple : « chaîne : dispositif formé d'anneaux entrelacés », la chaîne est outil « servant à orner, tirer, fermer, mesurer » (Robert). Elle est présente en bijouterie, jointe à la trame des tissages, indispensable dans les mines, les bateaux, les moteurs, les machines, elle relie massifs et montagnes. Elle empêche, entrave ou canalise, conduit ou protège. Elle arpente, mesure les profondeurs des fonds marins ou des puits, elle cramponne les pneus. Elle peut être éditoriale, commerciale, de Markov, télévisuelle, numérique, etc. Elle se perd dans la nuit des temps. Deux maillons font une chaîne. Elle peut aller à l’infini, être en os, en bois, en tissu, en métal vulgaire ou précieux.

5 Monod, Le hasard et la nécessité, 1970.

6 Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, 1990, p. 19 : « l'intelligence aveugle détruit les ensembles et les totalités, elle isole tous ses objets de leur environnement. Elle ne peut concevoir le lien inséparable entre l’observateur et la chose observée » p. 19.

7 Karl R. Popper, La Logique de la découverte scientifique, [1934], Paris, Payot, ré-éd. 2017.

8 G. Deleuze, F. Guattari, op. cit., p. 14.