Thème 2

Cartographies transféministes (carto.trans)


Resp. : Marie-Agnès Palaisi et Michèle Soriano

Les savoirs situés et les épistémologies décoloniales, féministes et queer, posent le problème de la critique des représentations et des catégories. Après avoir examiné cette question à travers la notion de « contre-archive » qui nous a permis d'étudier une série de corpus isolés, nous nous proposons de la traiter à partir des figures conceptuelles – par exemple la Cyborg (Haraway), la New Mestiza (Anzaldúa), les sujets nomades (Braidotti), les netianas (Zafra) – qu'ont mis en circulation des discours féministes contemporains. Notre hypothèse est que ces figures nous permettront l'élaboration de cartographies dissidentes qui feront apparaître des convergences, des transversalités et des alliances dans l'archipel des contre-archives minoritaires que nous avons pu repérer.

Afin d'interroger la topologie des pouvoirs et des oppressions, la localisation spatio-temporelle des sujets, leur « territorialisation », de questionner les catégories et le pouvoir de catégoriser, nous nous proposons de réinvestir la notion de cartographie telle que la modélisent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leurs travaux (Rhizome, Mille plateaux, Qu'est-ce que la philosophie). La cartographie sera donc comprise en tant que pratique, mouvante, dynamique et opérationnelle. On considèrera les processus de territorialisation, déterritorialisation et reterritorialisation et non plus le « Territoire », ou encore la cartographie comme « nomadologie ». Suivant cette perspective, la notion de « personnage conceptuel » (Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie, 1991) sera revisitée à partir des figures esthético-conceptuelles que produisent les modélisations féministes contemporaine. Il s’agira de confronter l'identité territoriale stable et les multiples « seuils » et « hybridités » engagés dans les processus « d’identités négociées » (Femenías), d’analyser les déterritorialisations utopiques que ces dernières engagent dans les politiques des représentations qui les portent.

Deux orientations marqueront nos travaux sur ces cartographies transféministes :
1. Figures esthético-conceptuelles. Ce projet, plutôt théorique, confrontera le personnage conceptuel que définissent Deleuze et Guattari et les figures esthético-conceptuelles que les discours féministes mobilisent
2. Performativité des pratiques cartographiques. Ce projet étudiera :
a) d’une part les rapports entre performativité et spatialité, à partir de l'analyse des pratiques déviantes des espaces normés et segmentés.
b) d’autre part, les modes d’articulation entre les territoires resignifiés par les politiques post-identitaires queer et leur rapport aux espaces hégémoniques.


Mots-clés : Transféminismes / Arts et littérature / Performativité / Etudes genre et queer / Intersectionnalité