Thème 3

Cartographie de la Romanité : vers une nouvelle définition d'un concept ancien


Resp.: 

D’après la perspective des études culturelles, on entend par ‘culture’ l’ensemble des productions de la créativité comprenant les formes canoniques (arts, littérature, musique, théâtre etc.) et les formes non canoniques (par exemple : la chanson, la bande dessinée, le roman graphique, la paralittérature, l’art performance ou poésie d’action, l’audiovisuel entre autres).

Les « Cultures Romanes » représentent donc le vaste ensemble des cultures des régions du monde où l’on parle et où l’on a parlé les langues romanes, où les diverses productions culturelles ont échangé et échangent entre elles, créant des dynamiques interculturelles liées à des contextes historiques et sociaux, en d’autre termes des hybridations : un exemple très parlant est celui des grandes migrations de, vers et dans l’espace méditerranéen et de la production littéraire, artistique, documentaire issue de ces expériences (on songe au phénomène de la littérature dite de la migration) mais aussi, dans le domaine linguistique, aux échanges et emprunts, ainsi qu’aux évolutions communes à l’intérieur de ce large territoire que l’on appelle aire romane. Mais si le Latium en est le berceau, l’aire romane dépasse largement la Méditerranée, et l’on en trouve les confins à l’ouest, en Amérique, au sud, en Afrique et à l’est de l’Europe. La caractéristique de la romanité, de fait, est d’avoir su s’exporter bien au-delà de son lieu originel : près de 430 millions de locuteurs parlent une langue latine, ce qui équivaut à dire que 7,9% de l’humanité appartiennent à la culture romane de façon exclusive ou partagée

L’approche transversale des études culturelles nous permet de mettre en résonance des objets de recherche de ces différentes zones de l’aire romane mais aussi, à l’intérieur de ce vaste espace, de prendre en compte plusieurs champs, avec la possibilité de partenariats ou codirection de travaux dans différents secteurs comme la sociologie, l’ethnologie, l’histoire, l’histoire des arts, la musicologie, etc. L’intérêt scientifique de cet angle d’approche est de montrer comment l’identité culturelle actuelle se nourrit de la circulation matérielle et virtuelle de produits divers (y compris les formes populaires et subalternes déjà étudiées pendant le contrat en cours), dont il est utile de montrer l’impact, à l’intérieur d’un espace plurilingue où cependant la matrice latine - en plus de conditions historiques spécifiques favorables aux échanges (politiques, humaines, économiques) - a pu faciliter les échanges, conservation, traduction, circulation des œuvres et des idées. C’est cette tension entre une origine commune et des destinées variées qui définit, dynamiquement, le concept de romanité où se conjuguent le semblable et le dissemblable, l’identique et le divers